Dès leur entrée dans
le Akkar, les Croisés en marche vers Jérusalem
remarquèrent la force de cette position. Un
certain Gilbert de Puy-Laurent s'en empara, et bâtit
ou restaura le fortin dont les traces se voient encore
à l'Est du plateau. C'était le Casal
Felicium, l'actuelle Qallaat-Félis.
Puy-Laurent
le vendit à Raymond de Toulouse, comte de Tripoli,
pour la somme de mille besants environ deux milles
livres-or. Ce lieu, en 1142, passa avec le Krak des
chevaliers aux mains des Hospitaliers; ceux-ci, quatorze
ans plus tôt, avaient acquis déjà
une propriété à Felicium; sur
le site de l'actuel sanctuaire sans doute, où
l'on a retrouvé d'anciennes citernes. Ces grands
remueurs de pierre coupèrent d'une entaille
profonde de quinze mètres l'extrémité
du plateau, et sur la pointe ainsi isolée élevèrent
un château assez vaste, avec une chapelle dédiée
à leur patron saint Jean.
La citadelle, solidement posée sur le roc
par de lourds talus de maçonnerie, surveillait,
par delà la vallée de l'Eleutherus,
les chemins de Tripoli vers Qalaat-el-Hosn et la plaine
de Homs; elle échangeait, la nuit, des signaux
de feu avec Chastel-Blanc de Safita, signalait les
courriers venant des châteaux d'Arqa et du Krak,
dont elle était le trait d'union. Alentour
se groupaient une centaine de maisons;en cas d'alerte,
leurs habitants se jetaient dans la place.
Sur la vie du Casal Felicium, nous n'avons aucun
détail. Satellite du Krak, il dût en
partager le sort, tomber aux mains des Mamelouks dès
printemps de 1271. Démantelé, il s'abattit
pierre à pierre, sans que pourtant le souvenir
en disparût tout à fait.
|